Un acquittement qui divise
Bénévoles de la protection civile et des pompiers restent mitigés après la décision judiciaire prononcée en faveur d'un des leurs jugé pour «délit de grande vitesse».
L'affaire suscite de nombreux débats autour du système de secours luxembourgeois. Le non-lieu pourrait faire jurisprudence. Les autres bénévoles expriment leur compréhension, mais aussi leurs craintes. La réforme du système semble inéluctable. / De notre journaliste Camille Leroux
Le cas de ce jeune bénévole de Greiveldange de 26 ans émeut encore les 6000 autres engagés dans les secours luxembourgeois. Le 4 janvier 2009, appelé pour une intervention urgente, il prend sa voiture pour rejoindre le centre d'intervention de Remich et en repartir en ambulance. Roulant à 102 km/h au lieu de 50 sur la route du Vin, il est arrêté par les policiers à Stadtbredimus qui lui confisquent son permis. Relaxé par le tribunal de police en juin, il vient de passer devant le tribunal correctionnel qui l'a également acquitté. Une décision justifiée selon son avocat. «Mon client a agi sous la contrainte, qui est ici la notion d'état de nécessité, argumente Me Gérard Schank. On ne peut pas lui reprocher d'avoir pris sa voiture privée pour secourir une personne en danger de mort.»
Le bénévolat en question
L'acquittement du jeune bénévole continue cependant de provoquer des remous parmi ses pairs. «Ce n'est pas juste, il aurait au moins dû payer une amende», estime un ancien pompier bénévole du centre d'intervention d'Esch-sur-Alzette. «Même pour une urgence, je roule à 50 km/h et je m'arrête aux feux.» Et de craindre que d'autres ne se sentent maintenant autorisés à dépasser les limitations de vitesse. Michel Feider, directeur de l'administration des Services de secours, renchérit: «On ne peut pas prendre le risque de provoquer un accident ou de renverser une personne. Seuls les véhicules d'intervention dotés d'une sirène et d'un gyrophare ont des droits particuliers dans le code de la route, mais ils sont toujours responsables et ils ne sont pas automatiquement relaxés en cas d'accrochage.»
Ce cas soulève en tout cas beaucoup d'interrogations sur le système de secours actuel. «J'aimerais bien instaurer une règle: que les bénévoles qui habitent loin restent au centre lorsqu'ils sont de permanence», suggère Robert Meyer, chef du centre (faisant fonction) de la protection civile d'Esch. Mais «pour bien faire, il faudrait garantir une garde 24h/24, soit en indemnisant correctement les bénévoles, soit en engageant des professionnels», soutient Christian Menster, chef de section secrétaire des pompiers du centre eschois. «Ou alors il faudrait octroyer une sirène aux bénévoles», propose Me Schank. Une idée rejetée par un pompier professionnel du centre eschois: «Ce sera un bordel complet, les pompiers vont en vouloir une, les policiers aussi... La moitié de la population en aura une!»
Une réforme en profondeur semble s'imposer. D'autant que la protection civile comme les pompiers peinent à recruter. «Nous sommes passés de 49 à une trentaine de bénévoles en deux ans», regrette Robert Meyer. «Les jeunes ne veulent plus faire un job qui n'est pas payé. À long terme, je ne vois pas d'autre solution que la professionnalisation.»
Des jeunes moins nombreux
Les pompiers aussi-38 pour 30000 habitants à Esch-sur-Alzette- souffrent d'effectifs insuffisants. Sachant que seuls quatre, détachés de la commune, sont là en permanence. «Ce n'est plus une activité attractive: formations, gardes, alertes la nuit ou les jours fériés... Ce n'est pas comme un club de sport avec des jours et horaires fixes», soupire Christian Menster.
Le malaise persiste donc dans les services de secours qui attendent impatiemment le remaniement d'un système qui montre ses limites.




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