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Cinq ans après Une paille dans l'acier

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image Lionel Fontagné est professeur à Paris I Panthéon-Sorbonne. Il a été l'invité de paperJam.

Lionel Fontagné a choqué une nouvelle fois les partenaires sociaux en s'immisçant «sans mandat» dans le dialogue à huis clos entre les partenaires sociaux. Faut-il être invité pour dire ses quatre vérités?

Près de 150 personnes ont assisté, jeudi soir, à la conférence publique du professeur Lionel Fontagné sur invittation du paperJam Business Club. / De notre journaliste Jean Rhein

Personne ne contestera que l'apport de Lionel Fontagné au développement de la politique économique sur une base plus scientifique est considérable. Son premier rapport, commandité par le ministère de l'Économie et paru en 2004, Une paille dans l'acier, avait lancé un vaste débat sur la compétitivité, donnant lieu à l'Observatoire de la compétitivité à l'élaboration d'une série d'indicateurs économiques faisant l'objet d'un suivi permanent.

Fontagné n'est pas homme à éviter la polémique. Il va directement au but. Dans l'interview publiée le 4 février sur le site internet de paperjam, il affirme : «Un des partenaires sociaux a publié en 2009 une contribution expliquant que les coûts salariaux baissaient au Luxembourg. Or, cette analyse s'intéressait à la part des salaires dans la valeur ajoutée et non pas aux coûts salariaux unitaires. Dans ce second rapport, je montre que le ratio salaire nominal/productivité en valeur a en effet baissé de 7,7% sur la période 2004-2008, mais que dans le même temps, le ratio salaire nominal/productivité en volume a augmenté de 13,6% dans la même période. Cette différence résulte de l'augmentation du prix du PIB sur la période. Et tout le monde est victime de cette augmentation : les salariés, dont le pouvoir d'achat est réduit; et les entreprises qui ont distribué plus de salaires que ce que n'autorisait la productivité et ont fait face à une réduction de leur compétitivité-prix.»

Le professeur explique : «Plus fondamentalement, la croissance au Luxembourg s'est faite sur un mode extensif, c'est-à-dire en utilisant davantage de ressources, et non pas intensif, c'est-à-dire en améliorant l'efficacité des ressources existantes : de 2000 à 2006 la productivité a contribué trois fois moins que l'augmentation de l'utilisation de la main-d'œuvre à la croissance du PIB. Pour suivre la bulle, le Luxembourg a donc surtout fait appel à la main-d'œuvre frontalière, et a donc considérablement fait augmenter les salaires pour pouvoir attirer cette main-d'œuvre, mais sans forcément connaître en même temps suffisamment de gains de productivité.»

La polémique a éclaté en premier lieu à propos du mandat de Lionel Fontagné. En fait, il apparaît qu'il n'en a aucun, mais qu'il a rédigé un «essai» de quelque 36 pages, intitulé Compétitivité du Luxembourg : après la bulle. On lira en note de bas de page que l'auteur a entrepris une nouvelle étude avec Marco Maffezzoli et Massimiliano Marcellino intitulée Very Small Very Open, Very Rich : A DGSE Model for Luxembourg à paraître dans la série Working Paper du Statec. L'interview précitée indique par ailleurs que les mêmes auteurs ont mis au point un modèle structurel du Luxembourg (LSM), constituant un nouvel outil d'analyse des politiques économiques et «qui est à ce jour encore peu visible pour le grand public». Le lecteur apprend ainsi que le modèle inédit comporte des facteurs ignorés jusqu'à présent «comme les anticipations des agents, la dichotomie du marché du travail, les négociations salariales…»

Fontagné informe que «ce modèle a été présenté fin décembre 2009 à la tripartite. Il a été très bien reçu et nous commençons à recevoir les demandes des partenaires sociaux pour effectuer des simulations qui les intéressent.»

Huis clos pour l'état économique de la Nation

Voilà où le bât blesse. Les partenaires sociaux ont convenu le huis clos, apparemment à la demande du Premier ministre. Mais cela s'applique aux conclusions politiques que le gouvernement veut tirer et présenter en primeur. Une nouvelle fois, dans le comité de coordination tripartite, la transparence n'est pas au rendez-vous, même sur le constat économique.

L'essai de Fontagné promet : «Le LSM privilégie l'équilibre général afin de bien comprendre les effets de report d'un marché à l'autre ou d'une catégorie d'agents à l'autre.» L'enjeu de la tripartite étant la redistribution des revenus des facteurs, la querelle qui s'annonce promet des fissures dans la cohésion sociale. 

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