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Interview du lundi / Jean-Claude Bintz: «Je suis un entrepreneur»

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Créatif, aventureux et homme de défis, Jean-Claude Bintz quitte VOXmobile l'esprit tranquille. Après avoir fait grandir cinq ans durant l'opérateur, il le laisse aujourd'hui entre les mains du géant Orange pour créer une nouvelle société. Entrepreneur avant tout, l'homme a besoin de se renouveler en permanence et de laisser libre cours à son imagination. Entretien avec notre journaliste Delphine Dard

Créatif, aventureux et homme de défis, Jean-Claude Bintz quitte VOXmobile l'esprit tranquille. Après avoir fait grandir cinq ans durant l'opérateur, il le laisse aujourd'hui entre les mains du géant Orange pour créer une nouvelle société. Entrepreneur avant tout, l'homme a besoin de se renouveler en permanence et de laisser libre cours à son imagination.

Entretien avec notre journaliste Delphine Dard

Pourquoi avez-vous décidé de quitter VOXmobile maintenant?

Jean-Claude Bintz: Mon associé et moi-même, nous détenions 25 % des parts de VOXmobile. L'année dernière quand Mobistar a racheté VOX, nous leur avons cédé 15 % des parts et nous avions jusqu'à 2010 pour décider de ce que nous faisions des 10% restants. Je me suis mis dans la peau d'un politicien élu qui pense à l'avenir après son mandat, à comment préparer sa sortie, et j'ai décidé que c'était le bon moment de partir. J'ai des idées plein la tête, j'ai tout mis dans un dossier sur mon ordinateur, j'ai réfléchi et puis je me suis dit que c'était le moment de changer de cap. Deux éléments sont entrés en ligne de compte : le premier, c'est ma société Lakehouse qui a racheté 100% des parts de Moskito, la société que j'avais imaginée, qui est spécialisée dans la production publicitaire et qui faisait partie de VOX. Le deuxième élément, c'est que nous avons trouvé un bon partenaire pour VOX avec Mobistar et donc le groupe Orange. C'est un partenaire stratégique qui opère dans le monde des télécommunications et ce n'est pas seulement un partenaire financier. Ces éléments m'ont aussi décidé à partir.

Avez-vous confiance pour l'avenir de VOXmobile?

Oui, je pars l'esprit tranquille, ma mission est terminée, VOX est en lieu sûr maintenant. L'heure est au regroupement entre les grands opérateurs de téléphonie en Europe. Dans peu de temps, il restera peut-être trois ou quatre grands opérateurs comme Orange, Vodafone et T-Mobile, par exemple. C'est la seule façon pour eux d'exister et de pouvoir, par exemple, trouver une force de frappe pour offrir des tarifs vraiment avantageux sur le roaming. Il n'y a pas d'avenir en Europe pour les petits opérateurs indépendants, à un moment ou un autre, ils se feront racheter ou seront obligés de se rallier à un grand groupe. VOX a pris les devants et est désormais entre de bonnes mains.

L'arrivée de Mobistar a donc aussi motivé votre envie de partir?

Oui, tout à fait. Je suis un entrepreneur, cela ne m'intéresse pas de travailler dans un grand groupe où votre travail est dilué. J'ai besoin de créer, d'apporter des choses à une société. C'est pour ça que je dis que maintenant ma mission est terminée chez VOXmobile.

Avec le recul, comment analysez-vous votre aventure qui a consisté à créer et à faire grandir VOX?

Cela a été une grande aventure. À l'époque j'étais chez Tango et puis il y a eu la possibilité d'obtenir une troisième licence pour créer un opérateur. Cela n'intéressait personne, les gens ne voyaient pas l'intérêt d'avoir un troisième opérateur au Luxembourg. Mais je me suis dit que le projet avait de l'avenir même si beaucoup m'ont pris pour un fou à l'époque. Nous avons trouvé des partenaires financiers et nous avons investi 30 à 40 millions d'euros, ce n'est pas rien. Mais cela a marché. Cinq ans après la création de VOX, nous détenons 20 % de parts de marché, nos concurrents reconnaissent que nous sommes l'opérateur le plus innovant et la partie opérationnelle de notre activité est bénéficiaire.
Mais d'un point de vue personnel, je ne me lancerai pas tous les jours dans ce genre d'aventure. Créer un opérateur, cela n'a rien à voir avec la création d'une simple société. Il y a eu beaucoup de nuits où je n'ai pas dormi pour faire fonctionner la société. Avec Tango, j'avais commencé à avoir quelques cheveux gris, VOXmobile a fait blanchir le reste de mes cheveux. Mais, cela mis à part, le résultat est très satisfaisant aujourd'hui.

Quels sont les souvenirs que vous garderez de votre passage?

J'ai d'abord envie de retenir une mauvaise expérience que nous vivons toujours aujourd'hui. C'est le fait que l'Europe, sous la houlette de la commissaire aux Télécommunications et aux Médias, Viviane Reding, nous impose des baisses de prix sur le roaming. Nous, les opérateurs, nous n'avons rien contre le fait de baisser les prix, mais ce n'est pas la bonne façon de faire. La preuve, pour contrebalancer cette obligation, aux Pays-Bas, il y a déjà un opérateur qui augmente ses tarifs nationaux. Et puis pour des petits opérateurs comme ceux du Luxembourg, c'est dramatique, le prix qu'ils fixent est le prix du marché qui se base par rapport à l'offre et la demande. Si vous imposez des prix en dessous de la réalité, vous obligez des opérateurs, par exemple, à arrêter de faire du sponsoring. Cela a été décidé pour plaire aux consommateurs pour qu'ils aient une note de téléphone moins importante quand ils partent en vacances. Mais le reste du temps, quand ils ne sont pas en vacances, l'effet est pervers s'ils paient plus. Avec le regroupement futur des opérateurs comme je l'évoquais précédemment, la baisse des tarifs du roaming se serait faite d'elle-même et progressivement, si vous avez le même opérateur qui couvre plusieurs pays.
Le simple fait de la concurrence fait normalement baisser les prix. Avant que Tango n'arrive sur le marché en 1998, le prix des appels et SMS était exorbitant et puis concurrence oblige, Tango a fait baisser les prix, les P&T ont suivi et aujourd'hui cela continue. C'est la façon normale dont les choses doivent se passer sur le marché. Aujourd'hui, il n'y a même plus d'abonnement et vos appels vous coûtent mois cher que lorsque vous étiez obligé de payer un abonnement.

La Commission européenne a l'intention aussi d'imposer des prix pour le roaming sur les SMS et sur l'Internet mobile. Qu'en pensez-vous?

Oui, on ne peut pas nier que le tarif du data roaming (NDLR : Internet mobile à l'étranger) est vraiment trop cher. Mais une fois de plus, ce n'est pas la bonne façon de procéder. Le data est aujourd'hui cher car très peu de gens l'utilisent, cela commence seulement à démarrer. Alors si vous avez peu d'utilisateurs pour un service qui représente beaucoup de frais, il est normal que le prix soit en conséquence. Mais dès que les utilisateurs vont s'approprier ce nouveau mode de communication, il est certain que les prix vont baisser vite. C'est ce qui est arrivé avec les SMS.
Peu de gens le savent mais, au départ, le SMS était un système de codage qui servait uniquement aux opérateurs à communiquer entre eux. Cela leur permettait de s'informer quand, par exemple, un utilisateur passait sur le réseau du voisin. Et puis, comme cela fonctionne par encodage, certains ont eu l'idée de se dire que l'on pouvait très bien encoder du texte et permettre aux utilisateurs de s'en servir. Cela a mis du temps à décoller et aujourd'hui cela fonctionne. À l'étranger, les consommateurs utilisent encore peu les SMS, ce qui en explique le coût. Chacun doit aussi avoir conscience qu'un certain service a un coût, qu'il faut accepter de payer au prix du marché. Il faut donc agir en connaissance de cause quand on envoie un message juste pour savoir comment ça va alors que l'on est à l'autre bout du monde.

Et vous gardez sans doute de bons souvenirs de votre aventure chez VOXmobile?

Bien entendu. Mon plus beau souvenir, c'est d'avoir pu vivre au sein de VOX, la révolution puis l'évolution dans le monde du téléphone mobile. Chacun désormais a un téléphone personnel, c'est différent du téléphone fixe où chaque personne de la famille répond. Là c'est votre téléphone et puis les appareils ont tellement évolué.

L'arrivée de l'iPhone d'Apple chez Vox fait-elle partie de ces bons souvenirs?

Bien sûr. Mais cela nous a donné beaucoup de travail. Le personnel d'Apple est très dur et sans le soutien d'Orange on ne l'aurait jamais obtenu. Mais c'est fantastique, on en a écoulé 1200 en trois jours et on a même dû demander à Mobistar de nous dépanner. Cela a aussi incité beaucoup d'utilisateurs à venir chez nous. Pas seulement pour l'iPhone mais parce que l'arrivée de l'appareil a contribué à donner une image moderne et innovante de notre société et certains sont venus chez VOX juste pour cela.

La couverture 3G de l'Internet rapide sur l'iPhone et vos autres appareils n'est pas parfaite chez VOX.

Nous le savons et nous travaillons désormais avec un nouveau fournisseur. Nous avons déjà doublé la capacité de notre couverture et celle-ci va devenir beaucoup plus efficace à partir du 15 décembre. Nous travaillons en ce moment-même dessus pour que tout soit prêt.

Maintenant que vous tournez la page VOX, dans quoi vous lancez-vous avec Lakehouse?

Quand j'ai décidé de quitter VOX, j'ai donc écrit tous mes projets et rêves dans un dossier sur mon ordinateur. Un de mes rêves a toujours été d'avoir une maison sur un lac mais j'avais aussi très envie de revenir dans mon métier de base, la communication et la publicité. Alors, j'ai décidé d'appeler ma société Lakehouse (maison sur le lac) et de créer une société spécialisée dans la communication au sens large et qui chapeautera, entre autres, Moskito. Le slogan de Lakehouse est «It's all about people», parce que ce que je retiens de mes expériences, c'est que la capacité à communiquer des gens est le plus important dans une société et je sais de quoi je parle car je suis avant tout un communicateur.

Vous n'êtes pas seulement un entrepreneur, vous êtes aussi un créatif.

Je suis surtout un créatif. Avant de venir dans le monde de la communication, je suis passé par une fiduciaire puis par les métiers de la banque. Mais ce n'était pas fait pour moi jusqu'à ce que je parvienne chez IPL où j'ai pu vraiment expérimenter la communication et je pense que c'est là que je me suis vraiment rendu compte que j'étais fait pour les métiers créatifs. Cela va de pair avec le fait d'être un entrepreneur. Car, finalement, c'est quand vous êtes entrepreneur, que vous dirigez une société, que vous êtes obligé de créer et c'est ce que je préfère par-dessus tout.

D'où vous vient cette envie insatiable de créer? Est-ce la musique que vous pratiquez qui vous donne cette envie?

Oui, c'est vrai que je suis un musicien et que je retrouve tous les jeudis les membres de mon groupe de blues Crossroads. Mais je ne saurais pas dire si c'est parce que je suis un créatif de nature que je me suis lancé dans la musique, où j'écris d'ailleurs des textes, ou si c'est la musique qui m'a influencé.
En fait, aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été un créatif. J'ai sans doute été influencé par le milieu artistique dans lequel j'ai évolué. Mais cela ne vient en tout cas pas de mes études qui se sont arrêtées tôt et qui étaient tournées vers la comptabilité, qui n'a rien de créatif. Oui, je suis un créatif de nature, mais aussi un self-made-man car je me suis construit tout seul.

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