CYCLISME: «Cette saison, on ne va pas se croiser souvent...»
Dans un échange d'une heure, Laurent Didier et Ben Gastauer, les deux jeunes Luxembourgeois qui seront professionnels dans quelques jours, ont débattu sereinement.
Ils n'ont pas le même parcours et n'ont d'ailleurs pas disputé plus de dix courses ensemble durant leur jeune carrière. Ben Gastauer et Laurent Didier sont toutefois les deux nouveaux coureurs professionnels luxembourgeois du peloton. Le premier nommé a rejoint l'équipe française AG2R la Mondiale. Le deuxième, la formation Saxo Bank des frères Schleck. / De notre journaliste Denis Bastien
Quinze heures, hier. Dans les locaux du Quotidien, au 44, rue du Canal à Esch-sur-Alzette, Ben Gastauer, tout sourire, rejoint Laurent Didier, arrivé peu avant lui. Après quelques poses de circonstance, les deux garçons sont prêts pour une interview croisée programmée de longue date.
Commençons tout d'abord par ce qui vous concerne. Vous serez professionnels à compter du 1er janvier. Ben, chez AG2R La Mondiale. Laurent, chez Saxo Bank. Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous?
Laurent Didier: Pour moi, tout va bien. Je ne suis pas tendu, très relax. Avant mes premières courses importantes, j'ai le temps de voir venir. L'équipe ne va pas me mettre de pression. Ce sera ma première saison chez les pros. Je suis joyeux d'être pro. Bon, je suis déjà dans l'équipe, mais effectivement, à partir du 1er janvier 2010, c'est la date où le contrat commence. Les premiers meetings ont déjà eu lieu lors du premier stage d'avant-saison. Pour Ben, c'est pareil, non?...
Ben Gastauer: Oui, c'est plus ou moins la même chose. Mais je suis impatient de me retrouver au départ de ma première course car je n'ai jamais vraiment fait de vraies courses professionnelles. Pour le reste, je ne suis pas stressé. Pour le moment, c'est encore tranquille.
Le fait d'avoir côtoyé récemment en stage, l'un et l'autre, ceux qui seront vos futurs coéquipiers, vous a-t-il impressionné?
Laurent Didier: Moi, je l'avais déjà fait depuis la fin 2008 puisque j'étais stagiaire dans l'équipe. J'avais fait les courses italiennes. Et depuis les courses juniors, j'ai couru avec des coureurs comme Chris-Anker Sorensen, Matti Breschel. Et puis ils habitent ici au Luxembourg, je les connais bien. Je ne connaissais pas certains coureurs mais puisque j'avais participé au stage de janvier 2009, je connaissais la plupart. Toi aussi, non?
Ben Gastauer: Oui, lorsque j'étais à Chambéry, j'avais fait plusieurs stages. Il y avait des coureurs que je ne connaissais pas personnellement mais maintenant, c'est fait. Cela s'est très bien passé, ils sont tous très sympas.
En passant professionnels, avez-vous l'impression de passer un cap dans votre vie?
Laurent Didier: Oui, c'est sûr.
Ben Gastauer: C'est évident.
Laurent Didier: C'est quelque chose qu'on désirait depuis que nous sommes petits. Moi, j'avais deux caps. Le premier cap, c'était les études. Le deuxième cap, c'était de passer professionnel. Maintenant, j'ai les deux.
Ben Gastauer: Après le bac, j'avais décidé de tenter de passer professionnel. Maintenant, j'y suis. C'est vraiment bien car c'est le résultat de plusieurs années.
Qu'est-ce qui a été le plus dur dans votre parcours?
Laurent Didier: Le plus dur, cela a été de combiner sports et études. Les études, c'était ma première priorité. Le vélo venait en deuxième. Et quelquefois, c'est devenu difficile mentalement. En juniors, j'avais couru avec Andy bien sûr mais aussi des gars comme l'Italien Nibali, le Néerlandais Dekker, le Tchèque Kreuziger. Ils étaient déjà pros et moi, j'étais à l'université. Je rivalisais avec eux en juniors.
Ben Gastauer: C'est différent puisque je me suis vite concentré sur le vélo, tout de suite après le bac. Bien sûr, j'ai repris l'an passé des études de langues mais ce n'était pas dur, cela ne me prenait pas trop de temps. Pas comme Laurent. J'étais concentré sur le vélo.
Avez-vous traversé des grands moments de doute avant de décrocher votre contrat?
Laurent Didier: Moi, oui à la fin 2008, j'ai connu le doute. Je pensais que je pouvais passer professionnel début 2009 chez Saxo Bank. Comme cela n'a pas marché, je suis allé dans l'équipe continentale danoise, Designa Kokken. Si je n'y étais pas arrivé pour 2010, cela aurait été pire. Je pense alors que je me serais donné un an de plus chez les amateurs, disons. Et si cela n'avait pas marché, je me serais résolu à travailler. En Allemagne, je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup de coureurs qui restent dans des équipes continentales toute leur vie. Là, on ne peut pas gagner sa vie. Il faut être réaliste, si ça ne marche pas, il faut travailler. Moi, avec mon diplôme d'ingénieur, j'avais une porte de sortie.
Ben Gastauer: Moi, j'avais été vite rassuré puisque j'ai bien marché dès le début de saison. J'avais déjà signé mon contrat à la mi-saison. J'étais déjà tranquille. Mais la saison précédente, j'avais eu une grosse période de doute lorsque je courais dans mon équipe italienne (NDLR : FidiBC.com). Je ne marchais pas et je commençais à douter. En plus, ce n'était pas simple, j'étais donc en Italie, je n'étais pas à la maison. Je ne comprenais pas pourquoi ça n'allait pas. Après, la forme est revenue et c'était reparti.
Comment vos amis respectifs ont-ils réagi lorsqu'ils ont su que vous passiez pros?
Laurent Didier: Ils étaient fiers.
Ben Gastauer: Oui, tout le monde était fier. Les amis, la famille.
Il s'agissait d'un premier but sportif pour vous. Et maintenant, de votre point de vue, ce serait quoi, le fait de réussir sa carrière professionnelle?
Ben Gastauer: Rester longtemps professionnel dans une bonne équipe et participer aux grands tours. Et bien sûr, faire parfois des résultats.
Laurent Didier: Pour moi, j'ai 25 ans, je veux rester plusieurs années pros.
Combien? Dix ans?
Laurent Didier (il éclate de rire): Oui, oui, pourquoi pas! Je ne sais pas, c'est difficile de dire un nombre. Mais oui, quelques années. Entre cinq et treize.
Et si vous deviez rêver un peu, votre carrière, vous en feriez quoi?
Laurent Didier: Pour le moment, je n'ai pas de courses en tête. Ce que je voudrais, c'est rester plus longtemps professionnel que mes deux années de contrat.
Ben Gastauer: Pour moi, c'est la même chose. Je voudrais me faire plaisir et rester longuement pro. Après s'il y a des résultats, c'est encore mieux.
Laurent Didier : Pour moi, le rêve, c'était de faire du cyclisme mon métier. Ma passion est devenue mon job. Il n'y a pas beaucoup de monde qui arrive à ça.
Ben Gastauer: Oui, c'est ça, je pense la même chose.
Vous parlez de passion, comment s'est produite l'étincelle pour cette passion? Pour Laurent, on peut imaginer une sorte d'héritage familial. Avec son père Lucien, ancien professionnel aux côtés de Hinault et Fignon. Avec son grand-père maternel, Bim Diederich, ancien porteur du maillot jaune. Pour vous, Ben, comment cette passion vous est venue?
Ben Gastauer: J'ai commencé dès l'âge de cinq ans à l'école de cyclisme de Schifflange et c'était parti. Je m'étais essayé au handball et à l'athlétisme mais cela ne me plaisait pas.
Laurent Didier: Moi aussi, j'ai commencé l'athlétisme. J'étais d'abord licencié au club du CAL. Maintenant, c'est le CSL. L'entraînement était toujours le mercredi soir. Et puis mon père a commencé des entraînements en salle à Schouweiler, également le mercredi soir. Au début, je cumulais les deux sports mais après j'ai choisi. Et au club de Dippach, Flammang et Fogen étaient juniors. Je voulais plutôt suivre leur entraînement. Mais mon père m'avait laissé la liberté de choisir. J'ai choisi.
Ben Gastauer: Oui, moi aussi, le cyclisme m'a fait davantage plaisir. On s'entretenait une fois par semaine avec l'école de cyclisme. Ensuite, je me suis lancé dans des petites courses. Cela s'est renforcé avec le temps.
Laurent Didier: Maintenant pour les jeunes, ce sont les épreuves du Yuppy's Trophy.
Par rapport à l'histoire familiale, Laurent, vous avez le sentiment de perpétuer la tradition?
Laurent Didier: Ce qui est drôle, c'est que Bim (Diederich) est le père de ma mère. Normalement, ce genre de passion se transmet de père en fils. Là, en ce qui concerne mon père et mon grand-père, c'est différent.
Par rapport à leur passé, avez-vous le sentiment que vous devez réussir?
Je ne pense pas que je doive réussir. C'est bien que je sois déjà pro. Lorsque j'ai dit à mon grand-père que j'allais faire le Giro 2010, il n'a pas voulu me croire. Je lui ai dit : "Oui, c'est à mon programme." (Il réfléchit) Ce que je sais, c'est que je ne pourrai pas faire les choses qu'ils ont faites. Ce sera très difficile. Mon père, Lucien, a disputé six tours de France. Et à chaque fois, son leader l'a emporté à Paris. Bim a porté le maillot jaune trois jours et remporté trois étapes. Les traces sont là, mais moi, je ne veux pas toujours suivre ces traces.
Cette tradition familiale qu'on évoque avec Laurent, vous ne l'avez pas, Ben. Est-ce un manque, de votre point de vue?
Ben Gastauer: Non, je ne le pense pas. Ma famille me soutient. C'est important. Je n'ai aucune pression de ce côté-là, ils sont tous ravis pour moi. Après, ce qui vient en plus, c'est un bonus.
Le cyclisme étant par nature un sport de tradition, son histoire vous intéresse-t-elle?
Ben Gastauer: Oui, je pense que je la connais un peu. Je sais ce qu'ont fait les anciens coureurs. C'est toujours actuel. Depuis que je suis enfant, je suis le Tour, cela m'a toujours impressionné. Je me souviens des passages à Metz et à Luxembourg. Une année, en 1997, j'étais allé dans les Vosges voir une étape. À Metz, je me souviens de la chute de l'Espagnol Olano, juste devant moi, dans un virage. C'était impressionnant car il s'agissait en plus du champion du monde.
Laurent Didier: J'étais à l'arrivée de cette étape.
Tous les deux, vous collectionniez les magazines de cyclisme?
Ben Gastauer: Oui, dans le temps, je le faisais. Mais ce n'est plus le cas actuellement.
Laurent Didier: C'est devenu rare, il faut vraiment qu'on me prévienne de tel ou tel article.
Laurent, par rapport à l'histoire, pas besoin de vous y intéresser, avec votre grand-père. Bim le fait pour vous! (Les deux rient de bon cœur...)
Laurent Didier: C'est vrai, si tu vas quelquefois dans l'année au garage de Pétange où habite Bim, tu connais des morceaux d'histoire.
Et vous figurez déjà dans son musée?
Laurent Didier: Il y a quelques photos, oui. Seulement des photos. Les articles, ils sont rangés dans des classeurs.
De la carrière de Lucien, votre père, vous retenez quoi?
Qu'il est passé professionnel tardivement. Plus tard que moi d'ailleurs. Vingt-sept ans, je crois. Ce qui m'impressionne, c'est ses participations au Tour. Se retrouver six fois dans l'équipe du vainqueur, c'est fort. La seule année où il n'a pas participé, Hinault a été contraint à l'abandon (le coureur breton avait été alors, en 1980, victime d'une tendinite). C'est le plus marquant. Avec le fait qu'il ait remporté deux fois le Tour de Luxembourg.
Lorsque vous étiez enfant, aviez-vous une idole?
Laurent Didier: Non, pas vraiment.
Ben Gastauer: Quand j'étais jeune, j'aimais bien voir Miguel Indurain remporter le Tour. Mais après, je n'ai plus eu d'idole précise.
Quel style de coureur voudriez-vous être?
Laurent Didier: J'ai des tendances à être grimpeur. Mais je ne sais pas si je suis un grimpeur pour la haute montagne. L'an passé, je n'ai pas passé de grands cols dans les courses que j'ai disputées. Je ne sais pas comment je vais marcher. Mon dernier repère, c'est le Tour des Pyrénées. Je marchais bien et j'avais terminé troisième. Mais chez les pros, je ne sais pas comment ça va se passer de ce côté-là.
Ben Gastauer: C'est pareil, je ne sais pas comment je vais grimper chez les pros. Avec les espoirs, je ne connaissais aucun problème. Mais là, ce sera autre chose. Cette première saison, je compte bien me découvrir. Mon programme de course va me permettre de découvrir les classiques flamandes...
Laurent Didier: Oui, j'ai vu que tu fais Paris-Roubaix...
Ben Gastauer : (Il rit) Oui, je suis sur la liste mais après, il faut voir.
Il y aussi comme grandes classiques le Tour des Flandres, Gand-Wevelgem....
Ben Gastauer: Oui, le problème, c'est que dans notre équipe, on manque de spécialistes pour ces courses de pavés. Cela ne fait pas peur, je n'aurai aucune obligation de résultat. Cela me donne de la motivation. J'ai toujours regardé ces courses mythiques à la télé. Là, je vais les rouler au moins une fois. C'est bien pour découvrir et c'est bien pour apprendre à frotter.
Est-ce que c'est ce qu'il vous manquait?
Ben Gastauer: Non, je n'ai pas trop de problème dans un peloton, mais c'est vrai que jusqu'ici, je n'ai pas trop participé à des courses de bordures.
Laurent Didier: Souvent pour être dans la bonne bordure, il faut avoir soit une bonne connaissance du parcours, soit un bon directeur sportif qui te dit à la radio que la direction du vent va changer là ou là.
Mais si les radios disparaissent?
Laurent Didier: En Pro Tour et en hors catégorie, on aura toujours les radios. Ce sont dans les plus petites courses que les oreillettes seront supprimées. Pour nous, ça ne changera pas. Hormis aux championnats du monde. Mais les Mondiaux, c'est un circuit...
Avez-vous couru souvent ensemble tous les deux?
Laurent Didier: Non, pas beaucoup. Peut-être dix fois depuis qu'on fait du vélo.
C'est fou, non?
Ben Gastauer: Oui, c'est ça. On a fait une fois le championnat du monde ensemble à Salzbourg.
Et la Flèche du Sud?
Laurent Didier: Oui, en 2008. Mais jusqu'ici, c'est vrai, on ne s'est que très peu croisés.
Mais en fait, vous ne vous connaissez pas bien?
(Ils rigolent à nouveau)
Ben Gastauer: Non, pas trop...
Laurent Didier: Mais lui est beaucoup plus jeune que moi. (NDLR : Ben Gastauer a 22 ans tandis que Laurent Didier a 25 ans). En juniors, nous n'avons jamais couru ensemble. On a fait une année espoirs ensemble. J'étais en Allemagne et Ben en Italie. Cette année, on n'a fait que le championnat national ensemble!
Et cette année, en course, vous allez vous croiser combien de fois?
Laurent Didier (il récite son programme de course) : Majorque, le Tour du Haut-Var, Le Grand Prix Samyn?
Ben Gastauer: Oui, le Samyn, j'y serai.
Laurent Didier: À Travers la Flandre?
Ben Gastauer: Je le fais aussi. J'enchaîne avec les Trois Jours de la Flandre occidentale.
Laurent Didier : J'y serai aussi. (Il reprend) Tour du Pays basque? Les trois classiques ardennaises? Le Giro? Le Tour de Luxembourg?
Ben Gastauer: Non, ce n'est pas prévu. Ce n'est pas sur le programme. Les organisateurs le voudraient mais je ne pense pas qu'on y sera.
Laurent Didier: Cette saison, on ne va pas se croiser souvent. On fera donc deux courses ensemble et on se reverra pour le championnat national!
Le fait de passer professionnel et de le faire à une époque où le cyclisme luxembourgeois se retrouve au top, qu'est-ce que cela vous évoque?
Ben Gastauer: Je vais tenter de faire mon truc. Mais c'est bien, il y a plus d'attention. On croit plus en nous. Mais d'autre part, beaucoup de gens peuvent penser qu'on va suivre le chemin des frères Schleck et de Kim Kirchen. Mais je sais bien que ce n'est pas sûr. Là, il faudra voir comment ça se développe.
Laurent Didier: Personnellement, je me considérerais plus comme un coureur du style Benoît Joachim. Un bon équipier. Je me vois bien guider un leader. Et quelquefois, oui, jouer ma carte. Au début de ma carrière, je me vois plus comme un coéquipier. Mais c'est vrai que nous bénéficions de beaucoup plus d'attention de la part des gens, du fait de l'actuelle réussite d'Andy, Frank et Kim. Et même Benoît, car il a compté.
Ben Gastauer: Moi, je vois beaucoup la différence par rapport à mon coéquipier, Julien Bérard. En France, on ne parle pas beaucoup de lui. Alors qu'ici, au Luxembourg, on parle de nous. Ils ne connaissent pas ça en France.
Justement, le fait de vous retrouver dans une équipe française vous apporte quoi en plus?
Ben Gastauer: Je ne pense pas qu'il y ait une grande différence. Que ce soit une équipe française, italienne, belge, allemande ou n'importe laquelle, le plus important, c'est que je sois dans une équipe Pro Tour. Que je puisse faire de grandes courses.
Vous pourriez échanger vos équipes respectives ? Et pour quelles raisons?
Ben Gastauer: Mais moi, je suis content de me retrouver dans cette équipe.
Mais si vous deviez aller chez Saxo Bank?
Ben Gastauer: C'est l'une des meilleures équipes du monde, plus grande que la mienne. Mais j'y serais bien!
Laurent Didier: Tu devrais dire que tu voudrais aller chez Saxo Bank pour connaître le camp de survie! (rires) Moi, je pourrais dire que je serais heureux d'aller chez AG2R pour avoir plus de libertés.
Quelles courses vous voudriez absolument faire durant votre carrière?
Laurent Didier: Je n'aurais pas eu mon programme, j'aurais pu dire que j'aurais voulu disputer l'un des trois grands tours dans ma carrière. Mais, bon, je serai au Tour d'Italie. C'est super...
Mais cela paraît presque évident que l'un et l'autre allez disputer des grands tours, non?
Laurent Didier: Non, pour moi, ça ne l'était pas. On parle toujours des tours, de Paris-Roubaix, des Ardennaises, des championnats du monde. Il y a d'autres courses...
Ben Gastauer: Oui, ce que je veux, c'est disputer l'un des grands tours et les classiques ardennaises. Je ne les fais pas cette année mais j'aurai d'autres belles courses.
Une question que vous aimeriez poser l'un à l'autre?
Laurent Didier: Ce n'est pas simple, je ne suis pas journaliste... Mais je demande alors à Ben si AG2R a fait des essais pour la position? Moi, lors du stage à Fuerteventura, j'avais été surpris que les ingénieurs de Specialized me demandent de monter ma selle de 23 millimètres. C'est énorme!
Ben Gastauer: Effectivement, c'est impressionnant. Nous, on fera ça en février. Une partie le fera en janvier mais je serai déjà en course. Ce sera pour après avec un ergonome! Je pose ma question à Laurent : la saison prochaine on va rouler sur les vélos Kuota, des vélos sur lesquels tu as déjà roulé. En étais-tu content?
Laurent Didier: Le vélo était bon. Pas de problème hormis dans les chronos. Mais ce détail est réglé aujourd'hui, je pense. Le modèle a changé, je sais.
Ben Gastauer: J'ai reçu le nouveau vélo et il est bon. Pas de problème...
Abordons un autre domaine, celui de la nutrition. Devenir professionnel va-t-il changer quelque chose pour vous?
Laurent Didier: C'était difficile pour moi avant lorsque je mangeais à la cantine de l'université. Mais non, cela ne m'a jamais dérangé de faire attention.
Ben Gastauer: Là, je commence à faire un peu plus attention. Le médecin m'a dit qu'il fallait que je perde un peu de poids. Je suis à 74 kilos (NDLR : pour 1,90 m), il faut que je maigrisse.
Laurent Didier: Moi, je pèse 69 kilos (NDLR : pour 1,90 m également).
Faire attention à ce qu'on mange, c'est un côté désagréable du métier?
Laurent Didier: Non, cela ne me pose pas de problème. En hiver, on est plus libre.
Ben, vous résidez à Chambéry. C'est un choix?
Ben Gastauer: Non, c'est écrit dans mon contrat. Les deux premières années, je dois résider à Chambéry. Après, je pense que je pourrai habiter où je le voudrai. L'an passé, j'étais souvent là-bas et plusieurs jeunes coureurs de l'équipe sont établis dans la région. Nous avons un bon groupe pour les entraînements.
Laurent, vous vous voyez habiter ailleurs qu'au Luxembourg?
Laurent Didier: Non, pour moi, ce serait impossible. Je me vois mal dans cette situation. Mais pour nous, c'est différent. Il y a Kim Andersen ici. Frank et Andy. Beaucoup de coureurs danois.
Dans votre métier, il y a du sport mais aussi des voyages quelquefois. Ben, vous allez débuter à la mi-janvier au Gabon avec la Tropicale Amissa Bongo. Cela vous plaît?
Ben Gastauer: Beaucoup oui, moi, j'adore voyager. Je suis content de faire cette course. En plus, ce n'est pas trop dur. Ce sera une bonne reprise. Et puis, c'est bien de voir d'autres pays, d'autres endroits sur la planète. Après, ce sera le Qatar et la course sera plus sérieuse.
Laurent Didier: Vacances et cyclisme sont pour moi deux aspects bien différents. C'est clair que lorsqu'on court, on ne voit rien ou presque rien. Bien sûr cela me plairait plus tard de disputer le critérium de Curaçao dans les Caraïbes. Mais ce sont des vacances... Moi, je ne prête pas beaucoup d'importance à la géographie. Ni à l'histoire d'ailleurs. Je me souviens que lors d'un championnat du monde juniors qui se déroulait au Canada, nous étions allés voir les chutes du Niagara. C'était sympa, mais bon. Lorsque je suis devenu stagiaire pour des courses en Italie en fin de saison 2008, nous étions à Pise. Je me suis dit : c'est bien que je ne sois pas venu à Pise spécialement pour voir ça! Je rigole mais c'est vrai...
Ben Gastauer: Moi, j'aime voyager, alors je suis bien content. Mais c'est vrai, en course, on n'a pas le temps de découvrir.
Laurent Didier: J'aime aussi voyager mais pas pour les courses.
Et voyager en Australie, début octobre, pour les Mondiaux 2010, ça vous tenterait?
Ben Gastauer: Bien sûr. Mais il faudra être qualifié.
Laurent Didier: Il faudra avoir les points en août. On a cinq coureurs pour aller faire un résultat. Il y aussi des épreuves Pro Tour au Canada...
Ben Gastauer: Oui, j'y serai et si je suis qualifié pour les Mondiaux, je partirai de Montréal.
Pour terminer, vous allez découvrir le système Adams (NDLR : localisation des athlètes pour des contrôles inopinés). Cela vous paraît compliqué?
Laurent Didier: C'est bien mais c'est compliqué, oui. Il faut calculer les trajets, tout, à l'heure près. Il faut avoir un lieu de résidence...
Ben Gastauer: C'est vraiment beaucoup de travail.
Laurent Didier : Ce serait mieux d'avoir une heure fixe, matin et soir.
Pour finir, avez-vous le sentiment d'arriver dans le cyclisme professionnel à un bon moment?
Laurent Didier: Je le pense. Avec le passeport biologique, les règles sont claires.
Ben Gastauer: Je le pense également.





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