Danse: Toutes les «Faces» d'un quartier
«Faces» est un projet de recherche et de création chorégraphique articulé autour de trois éléments de réflexion : les visages, l'identité et le corps dans son espace environnant, celui du quartier de la Gare. / De notre collaboratrice France Clarinval
Quand le Centre de création chorégraphique Luxembourg (Trois C-L) a été approché pour accueillir un chorégraphe en résidence dans le cadre des Pépinières européennes pour jeunes artistes, il a simplement suggéré un thème qui lui tient à cœur : une exploration du quartier de la Gare, dans lequel il est installé. Si le quartier n'a pas une réputation toujours reluisante, il est cependant le centre névralgique d'où vont et viennent chaque jour des milliers de frontaliers, berceau d'un monde d'hommes pressés, lieu de passage, de transit, où l'on ne s'arrête que trop peu. C'est ce double aspect qui a intéressé la chorégraphe française Émilie Gallier, qui a obtenu cette résidence d'un mois.
La jeune femme et son équipe se sont mises en quête de témoignages et de mémoires des habitants mais également de leurs rêves. «Je me suis intéressée non seulement à l'identité des gens, mais aussi à leur envie d'évasion. Être artiste, c'est aussi se détacher du réel», commente-t-elle. En résidence pour un mois au Luxembourg, elle a établi un processus de recherche pointu et original, dont la finalité sera de donner corps à une pièce proposant des allers-retours entre danse et vidéo.
La première étape, la rencontre avec les témoins est déjà effectuée. Sept personnes du quartier de la Gare se sont prêtées au jeu : un coiffeur africain, un retraité de la pharmacie, un SDF, un client des «bars d'amusement», une étudiante, un membre de Trois C-L et un jeune journaliste.
Les filmant d'abord dans l'espace qu'ils ont choisi, il s'agit d'entrevoir leurs trajectoires et leurs déplacements pour «pouvoir transposer ces lieux sur la scène». Émilie Gallier et ses danseuses ont aussi apporté divers stimulants des cinq sens pour expérimenter les lieux, «les mesurer». Enfin, les témoins ont été invités en studio et filmés en très gros plan lors d'interviews évoquant leur vie et leurs rêves.
Sigur Ross et Matmos
La deuxième phase, la retranscription et la création d'un lexique chorégraphique, est désormais en cours. En fonction des traits et des mouvements sur les visages, la chorégraphe crée un vocabulaire, grâce au système de notation Laban - utilisé pour retranscrire le mouvement à la manière d'une partition musicale. «J'ai divisé le visage en trois zones qui correspondent ensuite au corps des danseuses : le bas dirige les membres, le milieu concerne le tronc et la circulation de l'air, le haut influence la tête.»
Ensuite, la partition pourra être écrite et interprétée dans une chorégraphie évoluant en direct au gré des images, des visages et des sons. C'est donc en se nourrissant de la réalité qu'Émilie Gallier va proposer un langage sur mesure. Elle proposera aux spectateurs un mélange entre les témoignages - sonores et filmés - les déplacements dans l'espace et la transcription des émotions faciales en danse.
Les deux danseuses, Christelle Dronne et Jeanna Serikbaeyeva-Laroche, ont été sélectionnées après audition et ont été choisies «pour leur capacité à m'étonner, leur ouverture d'esprit à l'égard du système Laban et leur sens de l'écoute». Espérant étendre les frontières du champ de la perception, cette création souhaite amener le public à aiguiser son regard, à se mettre «en recherche de sens, en observation active».
La chorégraphe n'a pas encore déterminé son choix musical «sans doute quelque chose de végétal, comme Sigur Ross ou Matmos mais avec des extraits d'interviews et des sons de la ville». Elle est sûre, par contre, de vouloir montrer le processus créatif aux spectateurs à travers un montage des interviews et la présentation des carnets de notation Laban utilisés pour établir son lexique.
Trois C-L - Luxembourg.
Présentation du spectacle le 11 septembre à 20 h.




del.icio.us
Digg
Postez votre commentaire