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Une méchanceté loin d'être gratuite

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image Claudine Muno, 30 ans, est d'un naturel déconcertant. Elle se dévoile largement dans ses textes.

Claudine Muno et ses Luna Boots reviennent sur le devant de la scène avec un quatrième album de qualité, Noctambul, comprenant 14 chansons aussi sombres qu'oniriques, gentiment méchantes et poétiques.

Rendez-vous était pris à l'Art Café de la capitale. Quoi de plus normal pour rencontrer Claudine Muno, une vraie et grande artiste, romancière, dramaturge, dessinatrice, musicienne, auteur-compositeur-interprète... Celle qui «n'aime pas les robes», comme précisé dans son précédent album, arrive habillée d'un vieux jean, un gros pull, des baskets... et a presque l'air gênée qu'on s'intéresse à elle. (Re)découverte d'une antistar magnifique qui cache derrière ses grands yeux bleus une imagination fertile et une multitude d'histoires personnelles et oniriques. / De notre journaliste Pablo Chimienti

Plus que de simples chansons, c'est tout un univers que Claudine Muno offre à ses lecteurs, à ses auditeurs et à ses spectateurs. Un univers onirique et sombre où elle intensifie volontairement son côté introverti et pessimiste pour se donner un rôle de méchante. Mais une gentille méchante, une «égoïste triste», comme le dit la chanson. De celles qui ne supportent pas la naïveté des autres, qui scandent haut et fort ce que les gens «normaux» n'osent pas dire, par crainte ou par convention. «Et dis-le-moi si je me trompe, mais n'est-ce pas que la violence / est la seule chose gratuite dans ce monde?», chante-t-elle. D'où le côté jubilatoire de ses chansons qui touchent par leur aspect taquin et leur intelligence.

Et si le titre de Petites Chansons méchantes était déjà pris par son précédent album, ce Noctambul propose des textes encore plus méchants, tendant vers le lugubre, sans concession. Même pas sûre elle-même, elle reconnaît : «Je ne m'aime peut-être pas beaucoup.»

Et si son troisième opus était principalement français, avec juste deux morceaux en anglais et un en luxembourgeois, ce nouvel album délaisse un peu la langue de Molière pour faire la place belle à celle de Shakespeare. Celle de Dicks est tout de même encore présente. «On visait à nouveau un album plutôt en français, assure la chanteuse. Mais quand avec Thierry (NDLR : Kinsch, le guitariste qui fait également les arrangements des chansons) on a fait le tri, on s'est rendu compte que parmi toutes les maquettes que j'avais faites, on tenait à garder pour l'album une majorité de chansons en anglais.» «Je ne choisis pas la langue dans laquelle j'écris mes chansons, souligne-t-elle. Ça me vient comme ça. À partir d'une phrase dans telle ou telle langue. Je continue la phrase, etc. Parfois ça devient une chanson, parfois non.»

Cinquante-cinq minutes de bonheur

Et ce qui est vrai pour la langue de ses chansons, vaut tout aussi bien pour les thèmes abordés. «Je ne me dis jamais : "Là je vais écrire une chanson sur telle chose". Il y a des idées dans ma tête et parfois elles sortent, c'est tout. Quand j'écris, ça vaut aussi pour mes bouquins, je ne construis pas tout dès le départ, en sachant déjà la fin et les différentes étapes. Non. J'ai plus tendance à suivre le truc, tirer sur un fil et voir où ça me mène. Ce qui fait que ce n'est peut-être pas toujours très très cohérent. Mais la vie est aussi comme ça. Quand on réfléchit, quand on rêve, ce n'est pas toujours très cohérent non plus!»

Visiblement torturée, Claudine Muno trouve depuis maintenant sept ans un équilibre avec les Luna Boots. Elle pousse toujours l'ensemble vers son monde mélancolique - «Si le ciel n'est jamais bleu/ on est moins surpris quand il pleut» écrit-elle, ou encore «Faut bien tirer quelque chose de bon/ des mauvais sentiments» - tandis que les six Luna Boots la maintiennent dans un monde plus dynamique et coloré. Composé de nombreux instruments, de rythmes soutenus, de ruptures de mesure, de bruitages, de sons...

Les sept ne s'interdisent rien. Au contraire, ils aiment essayer, tenter, expérimenter. Ils passent donc sans problème du folk à la pop, du rock à la country, de la chanson française (qui reste malgré tout présente) à la soul... parfois dans une même chanson!

Et quand l'artiste reprend Blackbird des Beatles en version acoustique, elle se permet de rajouter aux paroles de Paul McCartney de petits bruits reproduisant des chants d'oiseaux. Une manière de s'approprier ce monument de la chanson du XXe siècle, un peu comme les Beatles eux-mêmes auraient pu le faire, eux qui «ont mis tout et n'importe quoi dans leurs chansons (...) qui ont tout tenté, sans barrière, sans limite», explique Claudine Muno.

On n'a vraiment pas le temps de s'ennuyer tout au long des 55 minutes de l'album. Pris entre les compositions d'une rare finesse, les textes atypiques et cette voix unique de Claudine Muno, fragile, parfois à la limite, mais toujours juste - se permettant de jouer avec des distorsions - et ce phrasé particulier.

Le groupe sera au Club de la Rockhal, le samedi 17 avril, pour la «release party» de Noctambul. Un concert pendant lequel les musiciens devraient reprendre la majeure partie des morceaux de l'album - «ils ne se prêtent pas tous à la scène» - mélangés à des chansons des anciens albums. Ça devrait vraiment valoir le détour! 

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