La révolution du thé
Après quelques longs mois de trêve et de reconstruction, les conservateurs américains sont repartis à la conquête de leur base électorale. Il faut dire que Barack Obama les a bien aidés en donnant la priorité à la mise en place d'une sécurité sociale universelle. Il n'en fallait pas plus pour que les conservateurs de tout poil sortent leur bouclier contre l'État et voient d'un mauvais œil cette intrusion dans leur vie privée. / Audrey Somnard
Mais ce qui est en train de se mettre en place prend une nouvelle tournure. Un mouvement populaire, les Tea Party, est né. Il fait référence à une révolte politique au XVIIIe siècle qui a permis plus tard de bouter les Anglais hors des États-Unis. En 2010, l'ennemi est clairement défini, il s'agit du président américain lui-même.
Le mouvement, un courant conservateur et populiste, en est encore à son commencement, mais le concept séduit. Il s'agit d'un retour à une politique des pères fondateurs, sorte de patriotes affranchis du système politique habituel. Opposés aux démocrates, finalement distants des conservateurs classiques, les adeptes du mouvement Tea Party ont réussi ces derniers mois à fédérer des hordes d'Américains des classes moyennes, pour la plupart blancs et quinquagénaires, déçus par la politique américaine en général.
Le mouvement est spontané, encore mal organisé et pourtant les conventions font salle comble. L'Américain moyen se méfie des intellectuels de Washington, les Tea Party en font leur fond de commerce. C'était déjà le cas du succès de George W. Bush dont le capital sympathie reposait sur le fait qu'il ressemblait à Monsieur Tout-le-monde, avec qui on pourrait très bien aller boire un café. Quelqu'un de brillant comme Barack Obama ne séduit pas cette tranche de la population, car elle s'en méfie comme de la peste. Trop intelligent, trop politisé, il n'a sûrement de cesse que de servir les intérêts des politiques et de renforcer l'État.
Si les ténors du Parti républicain restent encore en retrait de ce mouvement naissant qui refuse d'être représenté par un homme politique professionnel, il en est une qui a réussi à séduire le public de la convention de Nashville. Candidate complètement improbable en Europe, Sarah Palin est de nouveau sur le devant de la scène, assez crédible aux États-Unis pour être jugée susceptible d'avoir un avenir sur le plan national. Proclamant son authenticité, Sarah Palin cumule les arguments qui font mouche auprès de cet électorat. Ses valeurs conservatrices, son attaque de l'administration et des impôts, ainsi que son côté maudit auprès des grands médias font de l'ancienne candidate à la vice-présidence le poulain favori de cette branche des conservateurs.
Reste à savoir si le mouvement gagnera en ampleur et continuera à prendre au sérieux les propos d'une politicienne qui semble cette fois s'être préparée pour ce rôle. Trop conservatrice, Sarah Palin compte bien sur cette frange de l'électorat pour se frayer un chemin au sommet. La politique de Barack Obama aura son rôle à jouer, car les déçus iront vraisemblablement grossir les rangs d'un mouvement qui se veut antiestablishment.
Une révolution de droite en somme. L'idée de voir grandir une armée de révolutionnaires en col blanc fait quelque peu sourire vue d'Europe. Les Tea Party est pris au sérieux par les démocrates, mais surtout par les conservateurs qui vont bien devoir en tenir compte.





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