«Appelez-moi ou je reste»
C'est dans un style qui lui est bien propre que Jean-Claude Juncker a déclaré hier son intérêt pour le poste de futur président du Conseil européen. Il est candidat sans l'être, c'est-à-dire qu'il ne le sera que si on le lui demande... En clair, Juncker est candidat à ce poste qui commence à soulever bien des convoitises. / Fabien Grasser
En tout cas, cette déclaration faite au quotidien français Le Monde semble donner raison à ce que nombre d'observateurs pressentaient dès les dernières législatives: il n'ira pas cette fois au bout de son mandat de Premier ministre, qu'il voudrait céder à son dauphin Luc Frieden. Mais avant cela, il faudra que le traité de Lisbonne, qui crée ce poste, soit définitivement adopté par les vingt-sept pays de l'Union européenne, la République tchèque bloquant encore le processus. Cette difficulté devrait cependant être levée dans les semaines qui viennent, espèrent les dirigeants européens.
Mais l'adoption définitive du traité ne sera pas le seul obstacle sur le chemin qui mène à la présidence du Conseil. D'autres poids lourds européens sont également sur les rangs. Autant en 2004, la chose semblait acquise pour Jean-Claude Juncker si la Constitution européenne avait été adoptée, autant, aujourd'hui, elle semble plus délicate.
Au sein même du corps diplomatique étranger en poste au Luxembourg, certains estiment que le Premier ministre a laissé passer sa chance... et qu'elle ne peut se présenter une seconde fois. À voir.
Les Britanniques sont déterminés à défendre vaille que vaille la candidature de Tony Blair. Si celui-ci jouit d'une incontestable notoriété sur la scène internationale, il pêche néanmoins par un passé pas toujours des plus «euro-enthousiastes». Et certains, en parlant précisément de passé, ne se privent pas de rappeler l'alignement de l'ancien Premier ministre britannique sur la politique de George W. Bush, alors qu'aujourd'hui c'est Barack Obama qui tient la corde à Washington.
Autre candidat sérieux au poste, le chef du gouvernement néerlandais, Jan Peter Balkenende. «C'est un ami», dit de lui Jean-Claude Juncker au Monde. Mais comme trop d'amitié risque de tuer l'amitié, il ajoute: «J'ai pris des risques au moment du référendum sur la Constitution dans mon pays, en suggérant de démissionner en cas de victoire du non. Il ne l'a pas fait, mais je le comprends parce que je connais la situation de son pays.»
Le nom de Guy Verhofstadt, l'ancien Premier ministre belge, a également été souvent évoqué ces dernières semaines. Il a toutefois démenti être intéressé... mais cela ne signifie pas grand-chose.
Jean Asselborn n'a-t-il pas dit lundi soir qu'en la matière, «les meilleurs candidats sont ceux qui ne sont pas candidat»? En laissant encore planer un léger doute sur ses intentions, Jean-Claude Juncker l'a bien compris également. «J'ai appris qu'il ne faut pas se porter candidat à une telle fonction. Il faut laisser venir les appels des autres», dit-il au Monde.
L'exact inverse de la stratégie qu'il avait développée lors des législatives 2004 et 2009. Jouant alors des sirènes européennes, son message aux électeurs luxembourgeois avait été «retenez-moi ou je pars». Aujourd'hui, ce serait plutôt «appelez-moi ou je reste au Grand-Duché». Reste à savoir si le désir de Juncker des Européens est aussi fort que celui des Luxembourgeois.




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